Angoulême vue par…

  • Le plus célèbre des regards sur Angoulême, et aussi peut-être le plus incisif, même si certains le trouvent injustement cruel, reste encore celui d’un des plus grands romanciers français, Honoré de Balzac.

    « Angoulême est une vieille ville, bâtie au sommet d’une roche en pain de sucre qui domine les prairies où se roule la Charente. Ce rocher tient vers le Périgord à une longue colline qu’il termine brusquement sur la route de Paris à Bordeaux, en formant une sorte de promontoire dessiné par trois pittoresques vallées. L’importance qu’avait cette ville au temps des guerres religieuses est attestée par ses remparts, par ses portes et par les restes d’une forteresse assise sur le piton du rocher. » Extrait des illusions Perdues – Texte intégral 

  • Histoire d’un rendez-vous manqué

    La Ville d’Angoulême est évoquée par l’un des plus grands écrivains américains, parfois considéré comme le « premier des touristes américains » ayant parcouru nos provinces : Henry James.

    En mémoire de Balzac, qu’il considère comme le père de tous les romanciers modernes, il s’était juré de visiter le quartier de L’Houmeau, arpenté par les personnages des « illusions perdues ».

    Mais, emporté par le train de Poitiers à Bordeaux, il apercevra la Cathédrale Saint-Pierre de sa fenêtre et ne s’arrêtera pas… Ce qui nous vaut un étrange portrait en creux d’Angoulême, furtif décor définitivement lié à l’univers romanesque du grand Balzac.

    « Voyage en France » (A little tour in France) Henry James 1884 (Robert Laffont, Coll. Pavillons, 1996 / Seuil, 3 février 2000) Henry James

    « Si c’était en mémoire du Prince Noir que je m’étais arrêté à Poitiers (car je n’attendais rien d’extraordinaire de Notre-Dame-la-Grande ni du petit temple de Saint-Jean), j’aurais dû m’arrêter à Angoulême en mémoire de David et Ève Séchard, de Lucien de Rubempré et de Mme de Bargeton, qui, lorsqu’elle portait une « toilette étudiée », arborait un turban juif agrémenté d’une broche orientale, une écharpe de gaze, un collier de camées et une robe de « mousseline peinte », selon les termes de sa description, et finançait ces somptuosités sur un revenu de 12 000 francs par an. Les personnes que je viens de citer n’ont pas l’identité floue qui afflige les personnages historiques ; ils sont réels suprêmement réels, car ils sont les fils du grand Balzac qui leur a fabriqué une réalité artificielle infiniment supérieure à la réalité vulgaire, comme la soupe de tortue fantaisie l’est au liquide qu’elle imite. La première fois que j’ai lu les Illusions perdues, je n’aurais pas pu me croire capable de passer à côté de la vieille capitale de l’Anjou sans m’arrêter pour visiter Le Houmeau. Mais nous ne pouvons pas savoir ce dont nous sommes capables jusqu’au moment où nous sommes confrontés à la situation. C’est ce que je me disais en mettant la tête à la fenêtre de mon compartiment pour regarder Angoulême, alors que nous venions d’émerger du long tunnel qui passe sous la ville. Ledit tunnel troue la colline sur laquelle, à l’instar de Poitiers, se dresse Angoulême et qui lui donne encore plus de hauteur que cette première ville. On peut avoir une vue convenable de la cathédrale sans quitter le train, car elle s’élève à l’aplomb du tunnel et s’offre, en perspective très raccourcie, au regard des spectateurs situés en dessous. Bien entendu, une charmante promenade fait le tour du plateau où est située la ville et commande les jolies vues dont Balzac donne la description. Mais le train m’emporta, et mes impressions s’arrêtèrent là. La vérité est que je n’avais aucun besoin, à cet instant précis, d’entrer en communication avec Balzac : j’avais en face de moi, dans le compartiment, deux personnages presque aussi remarquables que les acteurs de La Comédie humaine… »

  • Angoulême égotique : le journal de Fabrice NEAUD

    L’histoire de la bande dessinée est une longue succession d’émancipation : émancipation technique, suivant les évolutions de l’imprimerie, émancipation narrative, pour explorer toujours de nouveaux champs, mais surtout, spécificité de cette histoire là, une émancipation du monde de l’enfance, cadre terriblement contraint dans lequel elle fut longtemps cantonnée… Et dans cette longue histoire, il y a des étapes importantes marquées par les œuvres d’auteurs audacieux, comme le fut le Comics très personnel de Robert Crumb dans les années 60.

    De l’avis général, une grande étape fut franchie à la publication du « Journal » de Fabrice Neaud, en 1996, édité à Angoulême par les éditions Ego Comme X, et qui se fit tout de suite remarquer en gagnant l’Alph’Art « Coup de cœur » au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême de 1997.

    Malgré de prestigieux précurseurs, comme le sus-nommée Robert Crumb ou encore l’illustre Osamu Tezuka, personne n’avait utilisé le médium BD pour entreprendre l’écriture de son journal intime de cette manière, avec toute la force et la crudité que peut avoir l’exercice, dans un style graphique réaliste et donc sans la distance habituelle qu’offrent les styles cartoon ou « gros nez » qu’on prête facilement à la bande dessinée.

    Aujourd’hui, ce « Journal » en 4 tomes largement salué par la critique est édité dans de nombreux pays.

    L’une des particularités du Journal de Fabrice Neaud est de se situer presque exclusivement à Angoulême, et de faire de cette ville un véritable acteur d’une des plus abouties autofictions en bande dessinée. Le personnage traine ses tourments métaphysiques dans les rues et paysages d’Angoulême transformé en scène d’un théâtre intime, comme de nouvelles « illusions perdues ».

  • Angoulême sur scène

    L’écrivain François Bon, auteur de « Sortie d’usine », « Daewoo » et des biographies de Bob Dylan et Led Zeppelin, fondateur de la coopérative d’auteur « Publie.net », a écrit une pièce de théâtre, « Au buffet de la gare d’Angoulême », sur son attente à la Gare d’Angoulême imposé par un suicide sur la voie.

    Au buffet de la gare d’Angoulême est une tentative de pièce en temps réel (1h20 la pièce, 1h20 l’événement), créée au Centre dramatique de Tours en 1998 par Gilles Bouillon, attente dans une gare de province pour cause de suicide sur la voie.

    « Le problème évoqué, suicides sur les lignes de TGV, est récurrent et grandissant. Mais pas question de prendre distance par la fiction : le mode d’écriture théâtral troue les personnages convoqués, et les renvoie heurter au décor réel. Est-ce qu’il s’agit cependant d’un texte de théâtre, ou bien simplement ma pulsion à écrire la ville mais l’attraper par ses parleurs, toutes ces histoires dont on est lesté, racket sur chiens de petits retraités, trafic de cartes téléphoniques, représentants de commerce, rocades et hypermarchés – la convocation théâtrale par les deux actrices en tournée n’ayant comme légitimité que de produire le temps réel, la façon pour le texte d’épouser exactement les 1h50 d’attente dans la gare ? Alors oui, ma propre poétique de la parole, et sans doute pour cela que ce texte me colle tellement… Pour moi, aucune différence, à 10 ans d’écart, et malgré la joie évidente que j’avais alors à découvrir les techniques de l’écriture théâtre, son économie, sa rapidité, l’appui sur les entrées-sorties ou la façon dont la langue change en sautant d’un locuteur à l’autre, même si on reprend les mêmes mots, entre fiction et théâtre : il s’agit ici de mon roman de gare avec mort tout auprès. Et, chaque fois que je vais vers Bordeaux ou Toulouse, avec bref arrêt du TGV devant les vitres de l’intérieur jaune du réel buffet de la gare d’Angoulême, un petit pincement… »  François Bon


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