Du Moyen Âge à la Renaissance

Une commune fortifiée

Comme en témoigne encore aujourd’hui, les près de 4 kms de remparts qui ceinturent la ville haute, Angoulême fut depuis des siècles une sorte de citadelle dotée de fortifications, de puissantes tours et de portes monumentales. Avec le temps, les portes et de nombreux éléments liés à cette enceinte ont été détruits. Elle constituait un ensemble tout à fait extraordinaire dont les origines remontent à l’époque Antique et évoluent jusqu’au XVIIe siècle.

La première trace des remparts remonte au Bas Empire (IVe et Ve siècles). Il fallait alors se prémunir contre les envahisseurs « Barbares ». Les temples publics ornés de chapiteaux sculptés servirent à construire de hautes murailles. Cette première enceinte s’étendait sur une grande partie du plateau nord de la ville.

À partir du XIIe siècle les premiers remparts furent progressivement reconstruits par les comtes Taillefer. L’heure était à la féodalité et à une sorte d’indépendance politique.

La prospérité économique attirait les populations des campagnes vers les villes. Les franchises, la commune et libertés commerciales concédées par le roi d’Angleterre contribuèrent au développement de la cité-forteresse. « L’air de la ville rendait libre » et ses habitants privilégiés devaient y être protégés de toute intrusion extérieure.

Au XIIIe siècle, la commune était encore toute récente lorsque les époux Lusignan (la reine Isabelle et son deuxième mari) décidèrent de poursuivre le plan de fortification et d’englober la partie sud du plateau (quartier de la Préfecture aujourd’hui) dans les murs.

À cette même époque, les bases d’un vaste château neuf (Hôtel de ville aujourd’hui) étaient posées et une forteresse royale « le Châtelet » construite, à proximité, à la demande du roi Saint-Louis pour surveiller une lignée de féodaux trop avide de liberté (Halles Centrales actuellement).

A la fin du XIIIe siècle les derniers Lusignan, Comtes d’Angoulême, achevèrent de ceinturer la ville en englobant le fauxbourg Saint-Martial intra muros.

C’est la commune d’Angoulême qui se chargea de l’entretien des murailles. Les maires y firent graver leurs armes et leurs noms au fur et à mesure des perfectionnements apportés dans les murs à cause de l’évolution de l’architecture défensive.

Aux XVIe et XVIIe siècles, une nouvelle enceinte fut crée par le Duc d’Ebernon, gouverneur de l’Angoumois, autour du château des Valois afin de le rendre invincible. Le démantèlement des remparts fut entrepris entre la fin du XVIIe et le milieu du XIXe siècle pour dégager les entrées de la ville et permettre un urbanisme nouveau.

Le XIIIe siècle : un mariage royal à l’origine de la commune

En 1200, Aymar, de la lignée des Taillefer, dirige un comté qui n’est plus qu’un fief du Duché d’Aquitaine. Les Plantagenêts dominent la région. Le 24 août 1200 Isabelle, fille unique d’Aymar et âgée de 14 ans, doit épouser un seigneur puissant de la région : Hugues de Lusignan, Comte de la Marche. Le roi d’Angleterre, Jean sans terre, suzerain et invité d’honneur de ces noces, ne l’entend pas ainsi et enlève la jeune Isabelle ce même jour pour l’épouser quelques semaines plus tard à Chinon.

« Le scandale est immense, le plus grand qui advint en Angoumois » écrira plus tard l’historien Corlieu. Le fiancé bafoué et de nombreux seigneurs d’Aquitaine indignés font appel au roi de France. L’attitude de Jean justifie la rupture du lien féodal. Le roi d’Angleterre refusant de comparaître devant ses pairs, Philippe-Auguste, roi de France, profite de l’occasion pour déclencher « la commise » des terres de Jean. La Normandie et de nombreuses autres provinces vont ainsi revenir au roi de France.

Alors que l’Empire Plantagenêt commence à s’effondrer, Angoulême va bénéficier des largesses de Jean sans Terre et de la Reine Isabelle, la seule angoumoisine devenue reine d’Angleterre !

En 1203, ce sont les premières libertés concédées aux habitants, en 1204 une commune sur le modèle de Rouen enfin en 1205 des libertés commerciales et un maire. Veuve en 1216, la reine Isabelle quitte Londres et retrouve Angoulême où elle épouse alors son premier fiancé : Hugues X de Lusignan. Elle lui donnera neuf enfants. L’Occasion se présenta alors de reconstituer un vaste ensemble territorial rassemblant autour du Comté d’Angoulême, le Poitou et la Marche.

La Comtesse-reine et son époux entreprennent très vite une série de travaux dans leur résidence baptisée « Palais Taillefer » puis dans la cité, ils décident la construction d’un château neuf ! Isabelle d’Angoulême voyait grand et cherchait à préserver son indépendance.

En 1242, le fils d’Isabelle, le roi Henri III d’Angleterre débarque à Royan mais quelques jours plus tard à Taillebourg près de Saintes se sont les armées de Saint-Louis, roi de France qui l’emportent. Le traité de Pons fut draconien pour le couple. Un exemple : des troupes royales allaient désormais occuper les châteaux d’Hugues et d’Isabelle ! Le roi de France fit même construire à deux pas de la résidence comtale une forteresse : « le châtelet d’Angoulême » afin de bien manifester l’autorité royale.

Le rêve féodal d’Isabelle Taillefer s’achevait. Elle mourut en 1246 à l’abbaye de Fontevraud et son époux trois ans plus tard lors de la septième croisade.

L’essor économique de cette période avait permis au sein de la jeune commune la création de la foire de Saint-Martin en 1250 et l’aménagement du port de l’Houmeau en 1280. Quatre derniers Comtes Lusignan se succédèrent encore dans cette deuxième moitié du XIIIe jusqu’à Guy qui trouva le moyen de léguer son héritage au roi d’Angleterre Edouard Ier !

Le roi de France Philippe le Bel mit alors la succession du Comte d’Angoulême sous séquestre en raison des dettes de ce dernier et de son évidente trahison.

L’indépendance d’Angoulême était désormais de l’ordre du passé.

Angoulême à l’heure de la Guerre de Cent ans

En 1308, à la mort du Comte Guy de Lusignan, le roi Philippe le Bel prend possession de la commune d’Angoulême et du comté désormais rattachés au domaine royal. La cité et le Comté sont alors donnés en apanage à plusieurs princes du sang dont la fameuse Jeanne, fille de Louis X le Hutin, écartée du trône de France au profit de son oncle. ( origine de l’exclusion des femmes de la couronne ) La cité est administrée par le corps de ville et par des sénéchaux comtaux et royaux qui représentent les autorités supérieures.

Les travaux se poursuivent tout au long de l’imposant système défensif de la ville. Le Donjon du château est enfin achevé et la porte du Palet refaite à neuf. Le pont-levis est percé dans une grande tour carrée elle même flanquée de deux tours circulaires. Quant au vaste choeur du couvent des Cordeliers, il est élevé par Béatrix de Bourgogne. Ses belles voûtes d’ogives et la grande baie sont encore visibles aujourd’hui.

Mais la paix qui régnait depuis le traité de Paris en 1259 entre Français et Anglais ne dure pas. Le roi d’Angleterre fait valoir ses droits à la couronne de France et la guerre éclate à nouveau. Le roi de France Philippe VI se fait battre à Crécy et Henri de Lancastre, Comte de Derby, lieutenant d’Édouard III d’Angleterre pour le Duché d’Aquitaine pille et détruit tout sur son passage.

Il faut très vite « appareiller l’artillerie du grand chastel » d’Angoulême. En 1356 le roi de France Jean le Bon est fait prisonnier à Poitiers par le Prince Noir. En 1360 le traité de Brétigny cède la ville d’Angoulême aux anglais. Les habitants d’Angoulême refusent la tutelle anglaise et fondent cette attitude sur une lettre de grâce du roi de France. En effet en 1356, Jean Le Bon avait accordé aux angoumoisins le privilège particulier de n’être jamais placé sous aucune domination que la sienne.

Les habitants d’Angoulême durent pourtant céder. L’administration anglaise s’installa et le « Prince Noir » entendez Edouard de Woodstock, prince de Galles, fils du roi d’Angleterre séjournà à Bordeaux mais aussi à Angoulême à diverses reprises entre 1363 et 1371. Il apprécia le séjour Angoumoisin au point d’y tenir une cour brillante d’y installer sa famille.

En 1368, il réunit les États à Angoulême pour obtenir un nouvel impôt. Des rebellions suivront.

Mais la fortune changea de camp. Le roi de France Charles V et son vaillant connétable Du Guesclin inversent la tendance. Après Poitiers, les troupes Françaises arrivent aux portes d’Angoulême le 8 septembre 1372. Devant l’absence d’une partie de la garnison anglaise, les Angoumoisins ouvrent les portes de la ville aux Français.

En 1376, le maire Renaud Caille obtient de Charles V une lettre enjoignant les clercs habitants la ville de participer à la « garde et guet ». A la fin du XIVe siècle la confusion règne dans la région. Si la commune refondée d’Angoulême est redevenue Française et se réorganise progressivement, de nombreuses places fortes du comté sont encore sous domination Anglaise ! Guerre de cent ans oblige !

Angoulême à l’heure des Valois

À la fin du XIVe siècle Angoulême est donné en apanage par le roi de France Charles VI à son frère le duc Louis d’Orléans marié à Valentine Visconti.

La commune refondée en 1373 réorganise la vie locale après un long temps de troubles. Hélas la paix est bien précaire. La guerre Franco-Anglaise reprend ses droits en 1404. Le royaume est divisé et le tout nouveau comte, Jean , fils du duc d’Orléans et de Valentine Visconti est emprisonné à Londres.

Si Angoulême réussit à se protéger à l’intérieur de ses hautes murailles, la région est dévastée, pillée. Charles VII roi de France va cependant emporter la partie avec une solide armée, Jeanne d’Arc, Dunois et son demi-frère le Comte Jean d’Angoulême revenu en 1445 après 32 ans de captivité. En 1453 à la bataille de Castillon la guerre qui opposa pendant cent ans les Français et les Anglais s’achève par la victoire des armées du roi de France.

L’heure est à la reconstruction et le Comte Jean de Valois s’y donnera totalement et magnifiquement tant à Angoulême que dans son comté et jusqu’à sa mort en odeur de sainteté en 1467. Il repose dans la cathédrale d’Angoulême. La sage administration de ce prince aimé et l’ampleur de ses réalisations font dire à plusieurs historiens que cette période constitua l’apogée de l’histoire d’Angoulême.

A la mort du « Bon Comte Jean », son fils Charles marié à Louise de Savoie prendra les rennes du Comté. En 1492, leur fille Marguerite naquit dans la tour ronde du Château d’Angoulême. Elle deviendra l’une des femmes de culture les plus brillantes de son temps.

En 1494, à Cognac cette fois, Louise de Savoie donne naissance à un fils François d’Angoulême qui deviendra roi de France en 1515 !

Pour saluer la fidélité des Angoumoisins à la cause Française et exprimer les faveurs royales aux Comtes d’Angoulême on verra entre autres Louis XI exempter les citoyens d’Angoulême d’impôts en 1461 et Charles VIII confirmer en 1483 ces appréciables et rares privilèges !

Les maisons communes

Il n’existe aucune trace de la situation de la première maison commune d’Angoulême au XIIIe siècle. Les maires et échevins devaient se réunir au Palais Taillefer, dans les églises de la cité ou dans les demeures des maires. La première maison commune connue est celle bâtie lors de la refondation de la Commune par Charles V à la fin du XIVe siècle. Elle se situait non loin de l’église Saint-André. Devenue trop petite, le Corps de Ville décida à l’extrême fin du XVe siècle d’élever un nouvel immeuble plus vaste et de plan carré.

Bâtie sous l’administration d’Hélie Seguin , maire d’Angoulême de 1495 à 1498, entre les actuelles rues Henri IV, Saint Etienne et du Point du Jour, la nouvelle maison de l’Echevinage était dominée par une tour carrée qui faisait office de beffroi. Le rez de chaussée abritait six petites salles voûtées ainsi qu’un grande pièce. Deux salles occupaient l’étage : la Chambre du Conseil et celle réservée à l’Assemblée des Officiers de la maison de ville.

Ne cherchez plus ce bâtiment, il a été démoli en 1806. Heureusement un plan de la Ville et une peinture de la « Mézée » ( assemblée du Corps de Ville ) nous permettent d’en avoir quelque idée.

En 1412 Charles signe un traité d’alliance avec les anglais. Le coût en était si considérable que Jean, le petit frère, est envoyé à Londres comme otage. Il y restera 33 années ! En l’absence de Jean et de son frère Charles, lui aussi fait prisonnier, c’est Dunois, leur demi-frère, qui géra le Comté. La garnison d’Angoulême était alors commandée par Arnaud Guilhem de Barbazan qui représentait le roi Charles V.

Revenu de captivité alors que les français reconquièrent progressivement les territoires tenus par les anglais, Jean d’Angoulême est nommé vers 1449 lieutenant général de Saintonge et d’Angoumois. Il épouse à l’âge de 50 ans Marguerite de Rohan et défend alors Angoulême puis participe à la victoire de Castillon sur les anglais en 1453. Son administration fut celle d’un saint homme, sage,lettré simple et bon. Sa grande popularité lui valut d’être appelé : Le Bon Comte Jean.

Après les troubles de la guerre de cent ans, la commune d’Angoulême connaîtra un certain développement comme le Comté d’ailleurs. Dès 1449 des avantages sont accordés aux paysans pour défricher, le comte appelle même des populations étrangères. En 1461, le roi Louis XI, cousin du comte Jean, exempte les citoyens d’Angoulême d’impôts de façon à repeupler la ville. Le bon comte Jean fait aussi reconstruire églises, forteresses et modernise ses résidences dont le château d’Angoulême.

Homme de culture, les livres occupe une grande place dans ses demeures joliment décorées. L’un des fleurons de la bibliothèque de son épouse Marguerite sera le célèbre ouvrage intitulé « Les Heures de Rohan », chef d’oeuvre de la peinture du XVe siècle, considéré aujourd’hui comme l’un des joyaux de la bibliothèque nationale. Le Bon Comte Jean mourut à Cognac le 30 avril 1467 et fut inhumé dans la cathédrale d’ Angoulême. Son petit-fils François d’Angoulême montera en 1515 sur le trône de France sous le nom de François Ier.

Sources manuscrites :

  • Public Record Office (Archives Nationales du Royaume-Uni).
  • Archives municipales d’Angoulême

Sources bibliographiques

  • Bibliothèque Municipale d’Angoulême et Bibliothèque de la Société Archéologique et Historique de la Charente.
  • Les Privilèges, Franchises, Libertés… d’Angoulême. F de Corlieu. Angoulême, 1629.
  • Les noms et ordre des Maires, Eschevins et Conseillers de la Maison Commune d’ Angoulême. J. Sanson. Angoulême, 1651.
  • Nouvelle chronologie des maires d’Angoulême. 1215-1501. G. Babinet de Rencogne, BM SAHC, 1868.
  • Iconographie de la Cathédrale d’Angoulême. 1575-1880. Pierre Dubourg-Noves. SAHC, 1973.
  • Histoire d’Angoulême et de ses alentours. Privat, 1989.
  • Petite Encyclopédie d’Angoulême. Via Patrimoine, 1994.
  • « Chartes de Libertés et de Communes », Mém. Soc. Antiq. Ouest, 5°s, t VIII, 2002.
  • Actes du Colloque « 800 ans de la Commune d’Angoulême ». 2004. À paraître en 2007.

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