Le Musée d’Angoulême possède une des plus intéressantes collections françaises d’art africain et océanien par le nombre et la qualité des pièces conservées.

L’essentiel de cette collection provient du legs en 1934 de sa collection par le Dr Jules Lhomme (1857-1934), médecin et notable de La Rochefoucauld. Il rassemble très tôt, dans le dernier quart du XIXe siècle, d’importants objets d’art et d’ethnographie provenant de toutes les parties du monde : Afrique (Maghreb, Afrique Noire, Madagascar) ; Asie (Inde, Indonésie, Indochine, Chine et Japon) ; Océanie (Mélanésie, Polynésie) ; Amérique (Pérou, Mexique, Brésil, Canada, Alaska).

La collection

Les origines

Les collections extra-européennes du Musée d’Angoulême occupent le premier niveau du bâtiment et sont divisées en trois sections : Maghreb, Afrique sub-saharienne et Océanie. La configuration actuelle du musée a permis une véritable mise en valeur, dans leur ensemble, de ces collections jusqu’alors partiellement ou pas du tout présentées dans les salles.

Cette collection, parmi les plus importantes de France dans ce domaine précis, est le résultat de nombreuses donations faites au musée depuis 1934 et d’une politique d’acquisition active menée par le FRAM (Fonds Régional d’Acquisition des Musées) depuis 1982.

Elle compte aujourd’hui plus de 5000 objets. Parmi ces donations celle, en 1934, du docteur Jules Lhomme de 3243 objets extra-européens, reste la plus considérable et initia l’existence d’un fonds extra-européen au Musée d’Angoulême. Ce médecin de la Rouchefoucauld rassembla très tôt (dès le dernier quart du XIXe siècle) des objets de diverses natures provenant d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Cette collection a cependant pu être rassemblée sans que le docteur Lhomme ait jamais quitté la France. Il hérita sa passion de la collection de son oncle, Jean Fermond, qui demeure un des pionniers de l’archéologie charentaise. Ce dernier possédait en effet une importante collection archéologique mais également quelques pièces originaires d’Océanie, et en particulier de Nouvelle-Calédonie. Il légua une partie de cet ensemble à son neveu, qui l’intégra à sa propre collection, aujourd’hui conservée au Musée d’Angoulême.

Si Jules Lhomme transmit à la postérité un registre minutieusement tenu des pièces collectées, on connait mal, en revanche, les modalités d’acquisition de ces objets. On a coutume de dire qu’il se fournissait sur les quais de Bordeaux où il se rendait fréquemment pour affaires. Cependant la cohérence de certaines parties de sa collection laisse penser qu’il était entouré de personnes ayant une connaissance certaine de l’Afrique. Ses acquisitions sur les stands des premières foires coloniales et sur les quais des ports où accostaient les bateaux en provenance des colonies, étaient donc très probablement motivées par les conseils de proches avisés ou le fruit d’échanges avec d’autres collectionneurs avertis.

Des œuvres des 5 continents

Sur les 3243 pièces que contient la donation du docteur Lhomme, 75% provient d’Afrique, 12% d’Océanie, 6,4% d’Asie et 5,5% des Amériques. Parmi les deux milliers d’œuvres d’origine africaine, on distingue deux ensembles importants : un, constitué d’armes blanches dont on dénombre plus de 500 pièces et une belle collection de poids à peser l’or du pays akan (Côte d’Ivoire et Ghana actuels).

Ce sont ensuite des sculptures anciennes principalement d’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Mali, Guinée, Côte d’Ivoire et Bénin actuels) et d’Afrique centrale (Cameroun, Gabon, République du Congo et République démocratique du Congo actuels), pour certaines uniques, qui font la qualité de cette collection.

D’autres donations ont fait suite à cette première, celle notamment, de Gérard Arrondeau en 1958. Cet ingénieur des mines originaire d’Angoulême donna 384 objets précieusement documentés quant à leur provenance et leur usage, qu’il avait rapportés de ses voyages au Sénégal, en Mauritanie, au Mali et au Niger. En 1979, Madame Marie-Madeleine Lebourg donna pour sa part au musée 68 objets provenant du Gabon et des ex-Congo et Zaïre. Ces objets avaient été collectés par son époux, ingénieur au service de la construction du chemin de fer Congo-Océan, au début du XXe siècle. Signalons également les dons très conséquents, depuis 1995, de M. et Mme Charles Poitevin de Fontguyon d’objets du Maghreb, provenant principalement du Maroc.

Entre 1997 et 2007 des donations exceptionnelles successives de plus de 700 pièces, de Monsieur Hervé Deluen ont considérablement enrichi les collections extra-européennes du musée et plus particulièrement la section africaine, suivies en 2004 par le legs de Madame Renée Bernard de ses carnets de voyages et objets rapportés d’Afrique, en 2007, par le don de céramiques africaines de Monsieur et Madame Corlay et enfin, en 2011, par le don très important de la famille Gauthier d’un fonds complet sur le peuple Fali du Nord Cameroun rassemblé tout au long de sa carrière par l’ethnologue angoumoisin Jean-Gabriel Gauthier.

La politique d’achat du musée, encouragée depuis 1982 par le FRAM, permet de compléter ce bel ensemble en s’efforçant de combler des lacunes comme la sous-représentation -commune à la plupart des musées français- des régions d’Afrique australe et orientale ou l’illustration de certains domaines techniques comme le textile et la céramique, souvent mis au second plan dans les musées.

La présentation de ces œuvres dans les salles tend à mettre en valeur l’histoire particulière de cette collection en rendant hommage aux donateurs, tout en ménageant des espaces d’appréhension de ces différentes régions du monde, par des entrées thématiques et géographiques mêlées.

Maghreb

Le Maghreb est illustré par ses productions matérielles les plus exemplaires dissociées entre productions des campagnes, des villes et des peuples nomades. Parmi les thèmes traités, les arts décoratifs maghrébins et notamment la broderie sont mis à l’honneur. Cette dernière est abordée tant de son point de vue technique que sous l’angle des « écoles » stylistiques existantes. Une carte monumentale de la région accompagne cette découverte et permet d’encrer ces objets dans une réalité géographique donnée. Une manière de rendre plus tangible aux yeux des publics le contexte de création de ces formes artistiques.

Une concrétisation qui se poursuit par l’évocation de l’intérieur maghrébin et de la vie des femmes dans le monde rural : leur activité de céramistes est exposée et par ce biais, l’usage quotidien d’une vaisselle aux formes et ornementations caractéristiques, ainsi que leurs parures mariant l’argent, le corail et l’ambre aux vertus prophylactiques.

Le monde des nomades est incarné par un mobilier spécifique (pièces de harnachement, armes, sacs de rangement en cuir décoré, coussins, service à thé etc…) venant évoquer la vie des campements, mais aussi les moments exceptionnels des grandes fêtes collectives comme la fantasia, illustrée par une toile de Louis-Eugène Ginain de 1864.

L’évocation de la vie religieuse et des croyances populaires dans une vitrine faisant transition avec les salles consacrées à l’Afrique subsaharienne agit comme un rappel de l’histoire de cette partie du continent. Animisme, Islam et Religion juive cohabitent ou se succèdent en effet au cour du temps, et selon les régions du Maghreb. C’est ainsi que se juxtaposent des figurines magiques servant à des rites de justice, des chapelets musulmans et des lampes funéraires juives.

Ce moment de la visite a pour objectif d’interroger les formes prises par ces religions et notamment par l’islam. Les amulettes sont une manifestation très intéressante de ce syncrétisme des religions dans de nombreuses régions d’Afrique. Ces petits objets personnels sont l’adjonction dans un même support (petit sac en peau, boîte métallique ou encore simple pendentif porté autour du cou), de protections magiques de différentes natures destinées à lutter contre toutes sortes de maux (stérilité, maladie, trahison…) qui peuvent affecter l’individu. Ils mêlent dans leur usage et leur contenu des éléments de croyances animistes et musulmanes (poils de chameau, dents de phacochères côtoient par exemple un extrait du coran).

Un objet présent dans cette même vitrine sert de transition avec les salles qui suivent et poursuit ce questionnement sur les manifestations des religions monothéistes en Afrique. Il s’agit d’un fixé sous verre provenant du Sénégal représentant les compagnons du Prophète. Datée du XXe siècle, cette œuvre est caractéristique des formes d’art contemporaines du Sénégal mais l’origine de cette technique semble ancienne et viendrait de Méditerranée. Ces peintures racontent l’épopée de l’Islam et présentent tantôt des scènes de batailles, tantôt des disciples du prophète ou encore des saints hommes. Au Sénégal, les grandes figures des confréries religieuses et de la résistance à la colonisation (Cheikh Amadou Bamba, El Hadj Malick Sy ou Limamou Laye…) ont inspiré de nombreux tableaux. Il n’est, par ailleurs, pas rare de croiser au détour d’une ruelle, sur un pan de mur, des représentations de ces grands hommes porteurs de la foi musulmane. Une pratique peu répandue dans d’autres régions du monde qui partagent la même confession, la représentation des êtres saints ou de tout être vivant de manière générale, étant prohibée.

Cette introspection dans les formes de la vie culturelle maghrébine est mise en perspective par un panneau consacré à l’orientalisme et notamment au travail d’un des meilleurs artistes peintres charentais Armand Vergeaud. Ainsi cohabitent dans un même espace deux regards, un regard qui tend à embrasser les cultures du Maghreb de la manière la plus juste possible et un regard qui témoigne de notre perception occidentale passée et peut-être présente de cette région. Entre le réel et l’imaginaire, cet ensemble de thèmes, illustrés par des objets soigneusement choisis et mis en relation les uns avec les autres, tend à soulever différentes perspectives de réflexion. Le visiteur est ainsi amené à s’interroger sous des angles divers.

Afrique sub-saharienne

Les régions sub-sahariennes sont présentées à travers certains objets emblématiques (masques, statuaire, mobilier, parures) et par sous-régions.

De vitrine en vitrine, le visiteur parcourt le continent d’ouest en est en passant par l’Afrique équatoriale et australe. Chaque ensemble est illustré par des objets parmi les plus représentatifs présents dans les collections.

La région des savanes soudaniennes (Mali, Burkina Faso, nord de la Côte d’Ivoire) est par exemple évoquée à travers la production matérielle dogon et ses références permanentes aux mythes de création. Les peuples voisins (Senoufo, Baoule) sont mis en relation avec ces derniers par la possession de même typologie d’objets comme les serrures de porte, poulies et étriers de poulie des métiers à tisser. Ces objets sont l’occasion de souligner le déploiement infini des préoccupations esthétiques de ces peuples, de la statuaire support de culte au mobilier d’usage quotidien.

Les vitrines alternent par exemple entre la présentation des statuettes bateba des Lobi du Burkina Faso ou des Nkisi de la République démocratique du Congo manipulées par les devins pour les rites de guérison et celle des chaises et tabourets, marqueurs de statut social. Les masques, mis en valeur par une vitrine panoramique, instruments rituels et supports de l’initiation masculine trouvent leur contrepoint féminin dans la poterie domestique Bamileke (Cameroun), Zoulou (Afrique du Sud) ou Kurumba (Burkina Faso).

Une diversité des formes qui nous rappelle, malgré l’existence de correspondances, la spécificité et la richesse de chaque culture d’Afrique. Ainsi, les parures perlées d’Afrique du Sud dialoguent avec celles d’Afrique équatoriale ou orientale, les textiles akan (Ghana, Côte d’Ivoire) voisinent ceux du Kasaï (République démocratique du Congo), témoignant des voies plastiques empruntées, souvent fort éloignées.

Le choix muséographique opéré tend à la mise en valeur esthétique de ces objets, mais un effort comparable est mené pour replacer ces derniers dans leurs contextes respectifs. Cet effort se matérialise par la présence de cartels complets et de fiches de salles, effort toujours poursuivi puisque ces supports pédagogiques sont régulièrement repris pour être complétés, affinés et ajustés. Le programme de médiation culturelle établi par le personnel du musée contribue, par la variété des approches et des thèmes proposés, à cet effort permanent de dépassement de la dichotomie entre beaux-arts et ethnographie en ce qui concerne les collections extra-européennes.

Une vitrine vient ouvrir cette découverte des sociétés d’Afrique sub-saharienne et interroger le regard du public. La question des vrais-faux dans les arts d’Afrique noire nous pousse à nous questionner sur ce qu’étaient ces objets dans leurs contextes et ce qu’ils sont devenus aux yeux des occidentaux.

Océanie

Troisième temps de la visite dans les espaces extra-européens, la section océanienne nous conduit d’île en île et illustre par là-même le processus de peuplement de cette région du monde, par des groupes de navigateurs venus d’Asie du sud-est. Partant de l’élément unificateur que constitue l’océan Pacifique, les différentes vitrines mettent en exergue aussi bien les spécificités culturelles propres à chaque région que les caractéristiques communes à plusieurs îles.

Ainsi, dans la première salle, l’outillage des chasseurs-cueilleurs aborigènes est mis en confrontation avec les pagaies, instrument de navigation propre aux autres peuples d’Océanie vivant de la pêche. La fabrication du tapa, tissu d’écorce battue, est abordée quant à elle, tant comme un trait culturel commun aux différents ensembles d’Océanie que sous l’angle de ses particularismes locaux par la présentation des styles régionaux.

Ce thème jouxte celui des parures corporelles où l’on peut apercevoir l’exploitation réciproque par les peuples mélanésiens et polynésiens des matériaux d’origine maritime, mais la très grande diversité des formes qui en résultent.

Dans la salle suivante, les relations entre les hommes, esprits, ancêtres et dieux sont au cœur du propos, avec une dissociation opérée entre objets polynésiens (des Iles Marquises, Iles Cook et de Nouvelle-Zélande) et mélanésiens (des Iles Vanuatu, de Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Nouvelle-Calédonie). Dans le champ des particularismes locaux, le choix des objets présentés met en évidence les formes extrêmement variées du culte en Océanie. On observe par exemple que c’est la référence à une généalogie ininterrompue entre les dieux et les hommes qui prévaut en Polynésie (incarnée notamment par le « tiki » marquisien), tandis que d’autres ensembles comme les îles Vanuatu pratiquent la conservation et le surmodelage des crânes des défunts comme référence aux origines. D’autres territoires comme la Nouvelle-Calédonie vont confectionner des masques appelés « Wimawi »pour célébrer les funérailles des grands chefs kanak.

Cette section poursuit le questionnement sur les regards portés par l’Occident sur le reste du monde par une vitrine intitulée « Leur pays et notre rêve ». Ce moment de la visite met en évidence l’imaginaire né de la rencontre avec ces territoires, incarné par certaines images d’Épinal comme celle de la vahiné.

Immédiatement à côté, une vitrine consacrée aux bambous gravés kanak révèle, par le détail iconographique de ces derniers, que l’observation était mutuelle.

Le jeu des regards croisés se poursuit dans la chapelle de style néogothique (construite par l’architecte Paul Abadie dans la deuxième moitié du XIXe siècle) avoisinant la deuxième salle océanienne. Sont mis en vis-à-vis par ce lieu, l’espace sacré et intime de la chapelle catholique et celui du cabinet du docteur Lhomme remonté de manière fidèle.

L’impact de la rencontre entre l’Occident et les autres régions du monde se poursuit sur l’autre paroi de la chapelle où sont présentés deux crucifix originaires d’Océanie (Papouasie-Nouvelle-Guinée) et d’Afrique (République démocratique du Congo). Ces deux objets sont les témoins des bouleversements culturels nés des premiers échanges commerciaux puis de la colonisation.


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