David et Nil : Carnet de voyage volume 13

Vendredi 13 novembre : une dernière journée avec les enfants

Aujourd’hui nous prenons le chemin du bidonville pour la dernière fois. Je traverse accompagné de Jean Pierre le bazar de Dehra Dun pour descendre vers le centre de l’association. Nicole est partie plus tôt dans la matinée pour se rendre à côté de Clock Tower pour régler la facture du dentiste pour l’ensemble des enfants. nous n’avons pas besoin de matériel particulier pour nous rendre sur place car la journée sera consacrée aux photos de remerciements et à la visite aux familles dans le bidonville. Bien sûr, les enfants nous aurons préparé de petits mots pour nous remercier d’être venu à eux et je sais que l’émotion sera là.

Les « au revoir » sont difficiles

Nous arrivons au centre les premiers avec Jean Pierre, Dominic et Nicole ne sont pas encore là lorsque les premiers enfants arrivent. Je demande comment c’est passé la fête de Diwali aux enfants mais bien évidemment ils n’ont pas eu la même Diwali que les enfants des castes supérieurs. Peu importe, ils sont heureux d’être avec nous et nous aussi, le petit Dashrat arrive et veut m’emmener voir sa maison avec Jean Pierre dans le bidonville. Bien sur, il n’est pas question de refuser et nous le suivons pendant que Nicole attend Dominic au centre. Nous nous dirigeons vers l’inconnu, j’ai bien eu l’occasion d’effleurer le bidonville avec Nicole deux jours plus tôt mais là c’est différent car je vais me rendre où vivent nos petits anges.

Nous descendons dans un dédale de ruelles plus étroites les unes que les autres où s’entassent des familles qui vivent à 10 ou 12 personnes dans 10 m2 au mieux. Des enfants errent par centaines dehors sur le trottoir ou du moins ce qui y ressemble, ils traînent à moitié habillés dans des conditions sanitaires pas possible. J’ai du mal à imaginer que nos enfants scolarisés qui se rendent chaque jour au centre puissent vivre dans des conditions aussi précaires. Dashrat nous fait prendre une ruelle en nous demandant de faire attention aux gorets qui mangent des déchets dans le caniveau tellement la ruelle est étroite. Au bout de la ruelle, il nous invite à pénétrer par une porte quasi inexistence dans un espace si restreint que l’on a du mal à pénétrer.

Chez Dashrat

Nous rentrons dans une cour dans laquelle s’agglutine une bonne dizaine de famille. Des femmes trient du plastiques ou du papiers, les plus jeunes préparent sur un petit four artisanal des chapatis pendant que des hommes âgés dorment sur des nattes à moitié nu. Des enfants en bas age sont portés par de petites filles d’à peine 4 ans qui traînent les chérubins d’un endroit à un autre pendant que leurs mères sont sorties pour ramasser du plastiques dans la rue pour quelques roupies. Dashrat me montre sa maison, très fier de nous présenter ses autres frères et sœurs dans un espace pas plus grand qu’une cabane de jardin en mauvaise état.

Je garde une mine enjouée est rieuse pour accompagner avec Jean Pierre notre petit homme qui rit et s’amuse de nous avec ses frères et sœurs interrogateurs sur ces deux étrangers qui s’introduisent dans leur intimité. A quelques mètres, je rencontre d’autres enfants scolarisés par l’association très heureux de nous voir avec Jean Pierre, Ruby me montre sa maison pas plus grande que celle de Dashrat, il fait noir et bien évidemment aucune commodité n’existe. Ces cabanes sont fabriquées de menus matériaux ramassés et récupérés qui constituent l’essentiel du gros œuvre, quelques planches de bois, une bâche plastique, des tôles, quelques pierres sur le toit pour éviter que la bâche s’envole et la maison est constituée.

Les enfants sont notre passeport dans le bidonville, il est bien évidemment inenvisageable d’y aller sans être accompagnès par eux. Nous rencontrons parfois les parents d’autres enfants toujours respectueusement par des « Namaste » sans violer leur intimité. Lorsque je quitte les ruelles, je ressens une émotion intense à l’idée de les imaginer vivre ici le soir sans lumière, au froid en hiver entourés d’immondices.

Leçon de vie bien difficile à accepter

Je remonte avec Jean Pierre au centre avec Dashrat et nous constatons que sa claquette est cassé, la lanière a lâché et il a rafistolé ça avec un bout de fil de fer. Nous décidons avec Jean Pierre de l’emmener au bazar pour lui changer sa paire de claquette. Au bout du bidonville un homme âgé répare de vieux souliers. Je dis en anglais à Dashrat que l’on souhaite lui acheter des souliers et je lui demande qu’il nous emmène avec Jean Pierre à un magasin. Il me dit que l’on est trop loin et que le réparateur peut le faire. Je lui demande alors ce qu’il préfère, avoir une nouvelle paire de claquette ou les réparer ? il me répond, on va les réparer et si tu veux « David sir » l’an prochain quand tu viendras nous voir au centre pour nous apprendre de nouvelles choses on ira ensemble acheter de nouvelle claquette !

Comment voulez vous réagir à ça ?

Un enfant qui refuse des claquettes parce qu’elle sont réparables pour 5 roupies et qu’il préfère en avoir des nouvelles l’an prochain quand je reviendrai, et bien vous respirez fort pour éviter d’avoir les larmes aux yeux en le regardant et vous repartez en contre sens pour vous rendre au centre. Jean Pierre voit bien mon désarroi et me réconforte, nous payons les 5 roupies avec un billet de 10 roupies et nous laissons le reste à Dashrat qui n’ose à peine les prendre pour acheter des bonbons. Pour vous donner une idée du prix, 71 roupies représente 1 euros !!! L’Inde aux milles visages n’en finira pas de me surprendre.

Séance photos souvenirs

Au retour au centre nous commençons les traditionnelles photos de remerciements pour les parrains et marraines, les sponsors, les entreprises qui aident l’association etc… A la fin de la séance photo, nous repartons de nouveau dans le bidonville pour rencontrer les familles des plus grands. Sur la route je rencontre un jeune garçon de 15 ou 16 ans les yeux dans le vide, les cheveux ébouriffés, d’une saleté repoussante, habillé en haillons. Je demande à Rohit s’il le connaît, il me dit qu’il se drogue en se choutant à la colle, un cocktail explosif visiblement vu l’état de l’adolescent. A la fin de l’après midi, nous recevons des mots de remerciements des enfants pour ma part pour avoir enseigné des pratiques artistiques et pour Nicole et Jean Pierre pour son atelier menuiserie, et les soins et les cadeaux qu’ils ont offert au cours du séjour.

Nos deux retraités aventuriers ont un cœur en or, ils donnent sans compter et prennent plaisir à partager avec leurs protégés. On sent qu’une relation forte s’est établie au fil des ans entre les enfants et eux, de les voir grandir, maîtriser de mieux en mieux l’anglais, être éduqués et soignés remplit Nicole et Jean Pierre de joie. Gageons que sur ces 28 enfants, certains iront jusqu’à l’université et obtiendront de grandes responsabilités. En tout cas, il est hors de question de les renvoyer dans la rue et tous auront l’éducation pour trouver un travail hors du bidonville. On ne sauvera pas l’Inde entière mais 28 c’est déjà un pas…

Ma mission humanitaire se termine ce soir à Dehra Dun, Nil et moi quittons les enfants le cœur lourd mais dans l’espoir de les revoir un jour vivre des jours meilleurs.

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